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LA FEUILLE DES CONSTANTES

"Les premières semaines, lorsque je venais voir mon bébé, c’était très difficile pour moi.

Les 48 premières heures, je ne marchais pas encore seule, il y avait toujours quelqu’un pour m’accompagner et je ne restais jamais très longtemps auprès de la couveuse car j’étais bien trop douloureuse, fatiguée, bouleversée pour pouvoir le faire. Et comme la personne qui s’était détachée de son service pour me conduire était un peu pressée, ça arrangeait bien tout le monde…


Lorsque je suis venue par moi-même, c’est devenu très impressionnant et je ne savais pas où me mettre dans la pièce.

Je n’osais rien toucher, je ne faisais aucun bruit de peur de déclencher des pleurs ou une alarme. Je ne savais pas si je devais attendre que quelqu’un passe ou s’il fallait que je réclame des nouvelles. Je ne voulais surtout pas déranger. Et au fond de moi, je pense que je redoutais autant que j’attendais avec impatience d’avoir des informations sur son état de santé…


La première fois que mes yeux se sont posés sur cette feuille de constantes, c’est parce que le classeur était ouvert

et que je ne savais pas trop où regarder pour me donner une contenance.

J’ai commencé à la lire, discrètement, un peu avec une sensation d’illégalité. Je n’aurais jamais osé le faire si le classeur avait été fermé.

C’était comme une langue étrangère, pleine de chiffres et de lettres incompréhensibles.

Le seul truc que j’ai réussi à lire, c’est qu’il avait pleuré à 14h45 et là, mon cœur s’est serré.

Au final, était-ce réellement une bonne idée de vouloir savoir ce qui se passait lorsque je n’étais pas là ?


Le papa ne se posait pas toutes ces questions. Il ne pouvait pas être présent aussi souvent que moi et lorsqu’il était là, il avait besoin de chiffres pour se rassurer. Quelque chose de concret.

Au début, il ne connaissait pas les normes mais du moment que c’était sensiblement la même chose que la veille, ça le rassurait.


Et puis les semaines passant, à force de côtoyer ce drôle de langage, nous nous y sommes habitués.

Nous avons osé demander à quoi correspondaient certains sigles, nous en avons déduit d’autres en entendant les soignants se faire des transmissions, nous avons fait notre enquête sur internet, nous avons échangé avec les autres parents dans le vestiaire en nous lavant les mains :  « Il vient de passer en PPC, depuis le temps qu’on attendait ! »

« Ah bon, c’est bien la PPC ? »

« Bah oui, en VN il avait besoin de beaucoup d’aide… Bon, prochaine étape, les LHD avant de tester la VS » «… »


Au bout de 2 mois, j’osais ouvrir le classeur lorsqu’il était fermé. Après un bonjour et un regard sur mon bébé endormi, en attendant de débuter les soins, je plongeais entre les lignes et mes yeux trouvaient en un clin d’œil l’information qui me tenait à cœur.

En premier le poids, en haut à droite, puis en fonction de la situation de la veille, son taux d’oxygène ou ses résidus ou bien encore savoir s’il avait enfin réussi à faire caca.


Peu de temps avant sa sortie de néonat, j’étais devenue cette maman qui rassurait les autres en partageant un café :

« S’il a un débit à 2, il ne lui reste plus beaucoup de temps de KT, surtout si sa CRP n’est pas remontée depuis le dernier bilan ».

J’avais gagné en assurance, j’avançais beaucoup plus sereinement dans cet univers que je maîtrisais mieux mais jusqu’au dernier matin, je n’ai jamais pu m’empêcher, en arrivant, de jeter un œil sur le poids du jour et de vérifier s’il avait bien bu toutes ses quantités pendant la nuit en mon absence…"

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